Un peu de bois et d’acier

album-cover-large-17313

J’ai beaucoup aimé cette BD de Chabouté . C’est une histoire où  il ne se passe pas grand chose, et pourtant c’est  toute la société qui défile sous le crayon de l’auteur.

Le décor est planté, un banc, un arbre et des gens qui passent. Certains déambulent, les joggers foncent, d’autres (souvent les mêmes) font une pause. Ils reviendront demain ou un autre jour.

Le banc est le témoin silencieux des vies qui défilent, un court instant devant lui, le temps  rythmé par les saisons.

Rien n’échappe au regard observateur de l’auteur, il nous apprend à voir autrement.

C’est un film muet, Chabouté raconte des tranches de vie en dessinant. C’est simple, efficace un peu cynique et souvent triste.

J’ai choisi de mettre en avant ce couple de personnes âgées. Entre la première illustration et la dernière deux hivers se sont écoulés. C’est très émouvant car tout est dit dans ces dessins.

6YAqYKvwC6bu8qeR25QG6MKunnQ@306x219kvR_J6BZYtQNdpDxeLaMor7OcEk@250x294

0z6XjgnswKmoNCA7sG7jPOEsXwc@301x206Kn3Vv4z_e0DFrc8UiQXgxwDG_mo@250x282

ge0ey6hPOQMDshsBm2kfEhsgWb0@285x150

Je vous le conseille si vous ne l’avez pas encore lu.

 

bd_de_la_semaine_big_red Aujourd’hui tous les liens sont chez Jacques.

Publicités

Bouffon

 

bouffon-zidrou-francis-porcel

Quand je tombe sur un album de Zidrou à la médiathèque, je fais la danse de la joie . Et avec Bouffon je n’ai pas été déçue! Quelle histoire!!!

Les illustrations magnifiques de Porcel, l’intrigue et les mots de Zidrou m’ont cloué le bec. C’est tellement bien écrit, bien fait que j’ai plongé dans ce conte cruel. Je l’ai même relu plusieurs fois car j’ai trouvé les textes grandioses!!!

Comment ne pas être séduit par ces phrases de la quatrième couverture:

« Laissez-moi vous conter la cruelle histoire du bouffon qui — le sot!— s’énamoura d’une princesse aussi jolie qu’il était repoussant. Laissez moi vous conter l’histoire d’un baiser. Le plus beau, le plus pur, le plus émouvant des baisers. »

Mais que voulez vous rajouter à ça, il faut le lire!!!

Je suis sous le choc, sous le charme. J’ai pensé à l’histoire de Quasimodo dans Notre dame de Paris, à Grenouille dans Le Parfum de Süskind (un roman qui a marqué à jamais ma vie de lectrice).

C’est une autre époque, une autre histoire, d’autres cieux; mais même punition, même bâtardise, même violence pour ces personnages. Ils sont nés monstrueusement laids, et ne méritent donc pas d’être aimés…

Notre bouffon naît dans un cachot. Ce passage fait très mal au cœur. Les conditions d’enfantement sont à pleurer, pauvre mère, pauvre enfant!  Il est si laid qu’il n’a même pas le droit à un prénom, il est Glaviot. Mais il survit aux pires conditions.

Et comme Grenouille, il a lui aussi un pouvoir extraordinaire. Si l’un a choisi de faire le mal, lui fait le bien.  Mais ça ne l’aidera pas à rencontrer l’amour.

« Je vous ai dit que cette histoire d’amour serait belle, et elle l’est. Je vous ai dit aussi que cette histoire d’amour serait triste et elle le sera. »

Bouffon-02

57239

 

Des avis chez Marion , Jérôme ,  Noukette , Moka

bd_de_la_semaine_big_redAujourd’hui les liens sont chez Noukette

IKIGAMI préavis de mort

DSC_1008

Je lis parfois des mangas pour partager la passion de ma fille, mais je ne suis pas fan de ce genre.

Mais là  avec les deux tomes de IKIGAMI préavis de mort j’ai eu un énorme coup de cœur.

S’il ne vous restez que 24 heures à vivre que feriez vous?

L’histoire se passe dans un pays asiatique imaginaire, qui ressemble beaucoup au Japon avec ses cerisiers en fleurs. Mais cela pourrait-être n’importe quel pays gouverné par une dictature.  A leur entrée à l’école, tous les enfants subissent « la vaccination de prospérité nationale ». C’est un truc complètement dingue! Comme avec la roulette russe, 1 vaccin sur 1000 contient une nano-capsule qui, explosera dans le cœur à un âge situé entre 18 et 24 ans.

1274036666

Pourquoi condamné à mort, sans raison,  un jeune sur mille?

Dans ce système totalitaire, le gouvernement pense que c’est le moyen le plus efficace pour faire comprendre à chacun la valeur de la vie! Et être un citoyen respectueux des lois, car personne n’ose s’opposer à cette politique. Tous ceux qui critiquent sont considérés comme des dégénérés et des traîtres à la nation. Ils courent le risque de recevoir la capsule meurtrière.

1274037459

Les malchanceux qui sont porteurs de cette bombe reçoivent 24 h à l’avance leur préavis de décès. C’est l’ikigami, délivré par un jeune fonctionnaire Kengo Fujimoto qui se pose beaucoup de questions sur la légitimité de cette loi.

Ikigami-planche1-607x1024

Je préfère ne pas en dire plus, mais cette histoire est fantastique, c’est prenant. On suit une galerie de personnages très différents. Certains ont été choyés par la vie, d’autres n’ont connu que malchance et misère affective. On s’attache à tous, même aux salauds.

Personne ne réagit pareil, désespoir, vengeance, urgence de vivre les dernières heures, profiter, demander pardon.. tout est envisageable.

En lisant cette histoire, le lecteur est obligé de se poser cette question: qu’est ce que je vais faire de mes dernières vingt quatre heures?

J’ai tout aimé, la narration  avec comme fil rouge le messager; les dessins qui montrent avec intensité toute l’horreur de cette politique.

C’est génial et fascinant!!!, je n’aime pas la SF, je ne suis pas branchée manga et pourtant j’ai été captivée du début jusqu’à la fin. Si vous ne deviez lire qu’un seul manga, je vous conseille celui-ci. Ça serait dommage de passer à côté!!!!

Ce manga écrit par Motorô Mase a reçu un nombre incroyable de récompenses.

 

DSC_1006

bd_de_la_semaine_big_redAujourd’hui les liens sont chez Yaneck

 

 

Mettez des mots sur votre colère

????????????????????????????????????

J’ai pris cette BD dans un bac à la médiathèque, l’œil attiré par cette couverture noire et ce titre choc: Mettez des mots sur votre colère.

L’auteur Marc Malès s’est inspiré d’une histoire vraie, celle du photographe Lewis Hine. Au début du XX ème siècle Lewis Hine soutenu par le National Child Labour réalise des photographies pour dénoncer le travail des enfants. Ce reportage très choquant bouleversera l’opinion publique et sera à l’origine de lois sur la protection des enfants au travail.

C’est un très beau album au format à l’italienne (format paysage), dans les tons sépias qui traduisent bien l’atmosphère du début du siècle. C’est très bien documenté et détaillé. Il n’y a pas de temps mort, on a l’impression de regarder un film.

Marc Malès s’est beaucoup éloigné de la véritable histoire. L’histoire racontée dans cet album est complètement imaginaire. Owen Bady, le photographe est ici un personnage de fiction. C’est un personnage très antipathique. A cause de lui j’ai eu du mal a apprécié totalement cette BD. C’est un écorché vif, traumatisé par son enfance difficile. Son père était violent. Il est imprévisible et colérique. D’un côté il lutte contre toutes les formes d’injustices et particulièrement celles qui touchent les enfants. De l’autre côté plus sombre, il vit dans les excès d’alcool et de sexe, violent avec les prostitués et continuellement enragé. Ce travail photographique est un exutoire à sa colère et à sa souffrance. Dommage qu’il n’applique pas sa conception du bien, de la justice à sa propre vie et à ses actions.

Je trouve que le photographe, sa vie, ses tourments occupent une place trop importante; au détriment de la véritable histoire, celle des enfants exploités.

Malgré ce bémol, c’est un album poignant et captivant à découvrir.

les liens sont ici

bd_de_la_semaine_big_red

Le Prédicateur

DSC_0981

C’est une BD d’après un roman de Camilla Lackberg que je n’ai pas lu.

L’histoire se passe l’été 2003 en Suède dans une petite ville portuaire. On retrouve le corps d’une jeune fille. Elle a été assassinée d’une manière horrible. Son corps porte de nombreuses fractures. Elle a été torturée pendant au moins une semaine méthodiquement tous les jours.

Au même moment on retrouve deux squelettes. Vingt-quatre ans plus tôt deux jeunes filles avaient disparu et n’avaient jamais été retrouvées.

Est-ce que c’est le même meurtrier qui sévit de nouveau après tout ce temps?Les squelettes présentent exactement les mêmes fractures, quatorze en tout , aux mêmes endroits. La police est sur les nerfs, car une nouvelle fille, une touriste, vient de disparaître. Tout semble laisser penser qu’elle est dans les mains du tueur.

Il est question dans cette histoire de fanatisme religieux, de secrets de famille, d’enfants manipulés. L’enquête policière est très prenante. J’ai bien aimé les dessins aussi.

Je me suis attardée sur un détail. Dans la BD les auteurs, Léonie Bischoff et Olivier Bocquet semblent être un peu obsédés par les chiens. Ils sont présents dans de nombreuses vignettes et rarement à leurs avantages.

DSC_0983
Un chien qui divague dans la nuit
DSC_0984
Un molosse hyper agressif

DSC_0986

DSC_0987

DSC_0988

DSC_0985
La seule image positive

Je ne sais pas s’ils reproduisent fidèlement le roman de Camilla Läckberg ou s’ils ont pris une certaine liberté. Est-ce que dans ses romans l’auteur Suédoise est obsédée par les chiens?

Voila, c’est juste un détail.

image

 

Lydie

????????????????????????????????????

Lydie est une fabuleuse histoire écrite par Zidrou (le papa de l’élève Ducobu) et dessinée par Jordi Lafebre.

Camille n’est pas gâtée par la vie. Elle est née « simple d’esprit » et sa mère meurt pendant l’accouchement.   Mais elle a la chance d’avoir un père formidable, papa tchoutchou (il conduit des locomotives). Il va s’occuper de sa fille avec patience et tendresse. Cette fillette va grandir entourée d’amour. On dit que « la foudre ne tombe jamais deux fois au même endroit »;  ce n’est que « des menteries » car le malheur va frapper une nouvelle fois cette maison.

Camille se retrouve enceinte, et accouche d’une petite fille mort née. Cette petite fille qui n’a pas eu le temps de vivre s’appelle Lydie. Les mauvaises langues jasent « L’enfant né du péché, mourra dans le péché! » « Une Marie couche toi-là, oui! qu’a encore moins de vertu que d’cervelle! »

La suite de l’histoire est complètement dingue. Mais on y croit jusqu’au bout.

Camille, cette ingénue, va faire revivre sa fille. Le Bon Dieu la lui rend: « La place d’un bébé, c’est contre le cœur de sa maman, pas au Paradis. » « Il a demandé aux anges du ciel de me la rapporter. »

A partir de ce moment tous les habitants de la rue au bébé moustachu vont jouer le jeu pour que Camille soit heureuse. Tout le monde s’extasie devant le berceau vide. Le curé, la maîtresse, le docteur, les vieux, les femmes, les hommes sont tous complices de cette incroyable « farce » . Le temps passe et Lydie grandit entourée par les gens du quartier.

J’ai bien envie de mettre les voiles, et de partir vivre dans cette rue.

C’est une lecture qui donne envie d’aimer les gens, sans se poser de questions.291592
C’est une histoire idéale pour cette fin d’année, elle accompagne à merveille le sapin, les illuminations…. Après tout on sait bien que le Père Noël n’existe pas et pourtant qu’est-ce qu’on a envie d’y croire!!!.

DSC_0333

Cette histoire m’a à la fois vidée du dedans et donné des ailes. Tout est beau, le texte et les dessins.

∗ Petite précision, ce n’est pas de la guimauve pour autant.

57239

 

Presque une lecture commune, sans le savoir, avec Sandrion.

bd_de_la_semaine_big_red

Les liens sont chez Noukette

Ouessantines

 

emprunté à la bibliothèque
emprunté à la bibliothèque

Soizic déteste son travail,vendre des espaces publicitaires dans des magasines et elle vient de rompre avec son copain. Cette jeune femme déterminée,  n’hésite pas alors à tourner la page pour changer de vie. Elle démissionne et part ouvrir une maison d’hôtes sur l’île d’Ouessant.

Le rêve va vite se transformer en épreuves. Les travaux n’avancent pas, les premiers clients sont désagréables. Mais surtout,elle doit faire face à l’hostilité des habitants de l’île.

Les anciennes du village lui font savoir dés les premiers jours qu’elle n’est pas la bienvenue. Seule la mystérieuse Marie se montre un peu plus accueillante.

Ouessant la lointaine, « finis terrae » semble fidèle à sa réputation et à sa devise: « Qui voit Ouessant voit son sang! »

Mais quel est donc le secret que protègent farouchement ces vieilles femmes? Le curé semble lui aussi complice.

DSC_0328

C’est une histoire très prenante racontée par Patrick Weber au scénario et Nicoby au dessin. Entre mythes et réalité j’ai appris que Ouessant était autrefois une île âpre. Ouessant manquait de tout, les femmes se retrouvaient seules et devaient lutter quotidiennement pour nourrir leur famille.

Le scénario est super bien ficelé, et l’intrigue réserve un choc au lecteur. Les dessins traduisent l’atmosphère du lieu. Cette île semble indomptable, et j’ai très envie d’aller voir ces falaises ciselées battues par les vagues, ces vertes prairies entourées de murs de pierres sèches. J’entends d’ici le bêlement des moutons et le cri des mouettes. Mais c’est certain je n’irai pas chatouiller les morts et ne poserai pas de questions aux anciens.

DSC_0329

 

 

 

 

Les petits ruisseaux

sex, drug, and rock’n roll

Ah j'ai vraiment aimé!!!
Ah j’ai vraiment aimé!!! et ce titre raconte déjà une histoire..

J’ai adoré cette BD de Rabaté. C’est une lecture qui met en joie, fait réfléchir et donne la pêche.

Le scénario est très bien ficelé, les personnages attachants et pittoresques et l’histoire captivante avec un happy end. Le tout dans le style Rabaté: un mélange d’humour, de gourmandise, de tendresse, d’acidité avec une pointe de férocité. bref c’est fort, c’est puissant

Bon alors l’histoire?

Emile un petit vieux monsieur gris, avec une petite casquette, un petit veston est veuf depuis plusieurs années. Sa Jeanne lui manque beaucoup. Le soir au lit il lui parle. La journée il va à la pêche avec son copain Edmond, il regarde à la télévision les chiffres et les lettres puis il va faire un petit tour au bistrot du coin. Là-bas tout le monde l’appelle Le Vieux, affectueusement. Rabaté nous dépeint une réalité souvent déprimante.  Il nous tend le miroir et ce qu’on voit n’est pas joli. Nous sommes un peu coincés avec des certitudes, des clichés et des tabous.

Emile qui a perdu le goût de vivre
Emile qui a perdu le goût de vivre

Edmond est divorcé et beaucoup plus truculent.Lui aussi il aime la pêche, les discussions au troquet, mais il a des secrets, des envies, des désirs. Sa vie amoureuse est bien remplie. Personne n’est au courant, il rencontre des femmes grâce aux petites annonces. Il a une autre passion, il peint et pas n’importe quoi: des nus. Edmond ne se laisse pas bouffer par le temps qui passe, il s’en fiche des convenances, il vit. Un jour il va mettre dans la confidence son vieux copain Emile. C’est un choc pour lui!!!

Edmond, tout est joyeux chez lui.
Edmond, tout est joyeux chez lui.

Puis la vie étant parfois brutale Edmond meurt. Emile est complètement déprimé mais heureusement il va faire une rencontre inattendue (tsstss, je ne vous dis pas; c’est beau et surprenant) 

Emile va beaucoup réfléchir, revoir ses priorités, ranger ses œillères, ouvrir son cœur.

C’est émouvant, drôle, caustique. J’ai passé un super moment.

bd_de_la_semaine_big_red

Le mercredi c’est BD, les liens sont chez Noukette