Hyacinthe et Rose

 

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Alors que je me promenais comme une âme en peine dans les allées de ma bibliothèque municipale, mon regard est attiré par un album grand format qui dépasse largement de l’étagère sur laquelle il est posé. Bigre! que la couverture est belle. Je pose mes sacs, car il faut les deux mains pour tenir ce livre. « Tiens, un livre sur les fleurs » , je prends le temps de feuilleter les pages.

Et c’est une explosion de couleurs, de beauté.

Quarante-huit portraits de fleurs peints par Martin Jarrie ( je ne connais pas, et maintenant j’ai envie de découvrir son univers). Je ne trouve qu’un seul mot pour en parler MAGNIFIQUE.

Ces fleurs accompagnent un texte écrit par François Morel. J’ai mon cœur qui fait boum boum! et j’ai les paroles de Trenet  » Boum

Quand notre cœur fait Boum

                               Tout avec lui dit Boum

                                Et c’est l’amour qui s’éveille.

                                Boum »

En cinq minutes voilà l’effet que m’a fait cet album. Je suis aux anges.

François Morel, humoriste aux multiples talents ( comédien, metteur en scène, chanteur, chroniqueur) est aussi un écrivain doué. En petits chapitres il raconte ses grands-parents. Ces mots sont pleins de tendresse, d’amour et dérision. C’est le vibrant hommage d’un petit fils à sa « mémère » et à son « pépère ».

« Rose et Hyacinthe, mariés depuis quarante-cinq ans, ensemble depuis toujours, ne s’entendaient sur rien. Hyacinthe et Rose. Rose et Hyacinthe. Hyacinthe était coco, Rose était catho. Hyacinthe aimait boire, Rose aimait manger…. »

Chacun peut se reconnaître dans ces mots, retrouver ses grands-parents, un membre de sa famille, un voisin.

Morel est le surdoué des mots pour nous raconter  la  vie « des gens simples » réduite à une manie, à un trait de caractère..

Ah je retrouve dans ces lignes beaucoup de choses, les repas du dimanche, les devoirs sur la table de cuisine, … l’odeur de la cire, les papiers peints défraîchis…

Ah, et aussi le goût mielleux des gâteaux de grand-mère, les vins cuits trop sucrés, les confitures maison, la tendre nostalgie .

Hyacinthe et Rose c’est l’humble vie des humbles gens sous le regard tendre d’un petit fils retombé en enfance, et sublimée par la plume de l’auteur. …  Oh, comme cette lecture fait du bien!!!

Le printemps est là, dehors et dans cet album.

(Depuis, cette lecture, j’ai beaucoup de chance car j’ai reçu en cadeau cet album, il trône sur mes étagères)

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Jim Harrison , Le challenge

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Jim Harrison nous a quittés samedi.

Sur mes étagères j’ai retrouvé tous ses romans lus il y a très longtemps. J’étais passionnée par cet auteur.

Aujourd’hui je ne me souviens plus dans quelles circonstances je l’ai découvert. Était-ce par hasard? Les blogs littéraires n’existaient pas. Mais le plus étrange est que je suis incapable de dire ce que j’ai tant aimé chez lui! Je ne me rappelle d’aucune histoire.

Chinouk organise sur son blog Les passions de Chinouk Le challenge   . C’est un challenge illimité dans le temps et il est possible de choisir entre différentes catégories. Pour commencer je m’inscris dans la première catégorie Sorcier: lire de 1 à 2 romans . Je ne sais pas encore si j’aurai, le même plaisir à le lire. Mais pour avoir autant de titres du même auteur dans ma bibliothèque ça a du être une belle histoire d’amour entre lui et moi!

Moka Milla dans son blog  Au milieu des livres a fait un article aujourd’hui sur les incipits. Pour choisir un roman je lis toujours ces premières lignes. Elles donnent une idée du style de l’auteur et permettent de se faire une opinion (parfois un peu trop hâtive).

J’ai lu tous les incipits des 8 romans de Jim Harrison que j’ai sous la main et j’ai choisi de relire celui-ci. Sorcier.

 

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 » Sept années sont venues et se sont dissoutes. Voilà! Le temps passe et on se prépare à des événements qui ne se produisent jamais. Frère Jacques, Frère Jacques, dormez-vous? Dormez-vous? Est-il l’heure de dormir, ô frère, mère, père, sœur? Et d’ailleurs, de quelle heure s’agit-il? L’heure sidérale, l’heure de prendre un verre, l’heure de dîner, de se lever, de s’asseoir, l’heure de prier, l’heure de faire l’amour, d’ouvrir les fermetures éclairs et de soulever les jupes… Le bébé émergea le 11 décembre 1937 à douze heures, onze minutes et trente sept secondes. Au même instant, un éléphant se faisait tuer par un éclat de météorite dans un coin perdu de Tanzanie, Hitler se brossait les dents avec vigueur et Einstein étouffait un bâillement… »

 

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Les affligés

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J’ai flashé sur la couverture et le titre! Je voulais une histoire forte et émouvante, qui prend aux tripes et laisse KO.  Dans le résumé de la quatrième tous les ingrédients étaient réunis pour faire une formidable histoire.

Mais voila, Les affligés, c’est plein de promesses non tenues!

Australie 1919, le pays est ravagé par la grippe espagnole. Quinn Walker est de retour chez lui, dans sa petite ville. Il revient d’Europe, défiguré, les poumons brûlés par les gaz moutardes .

Il avait disparu dix ans plus tôt, accusé du viol et du meurtre de sa petite sœur. Personne ne l’a oublié, mais on ne le recherche plus car les gens pensent qu’il est mort depuis tout ce temps.

Seule sa mère, agonisante  car victime de cette grippe, croit toujours à son innocence. Quinn se terre dans la campagne, il a peur de rencontrer des gens, d’être reconnu et de finir pendu. Evidemment il est innocent, et  connaît le coupable.

Dans les collines il rencontre une petite fille, orpheline qui survit seule, toute sa famille a été décimée……

A partir de ce moment je ne crois plus en cette histoire, la gamine semble posséder des pouvoirs un peu extraordinaires, elle sait tout de lui et elle est tellement plus dégourdie.

L’auteur Chris Womersley aurait pu faire un roman remarquable, mais l’écriture est trop scolaire. C’est plat, les dialogues ne sont pas crédibles car tous les personnages s’expriment de la même façon. Ça manque de punch, de piment, d’actions, de violence….. C’est plan-plan, fade et sans originalité!!!

A la page 174,  j’abandonne la lecture, je n’en peux plus de patauger dans l’ennui.

Je suis contrariée, je n’aime pas trop abandonner un roman. Les affligés a été finaliste de tous les grands prix littéraires en Australie et Chris Womersley est considéré comme l’un des meilleurs écrivains australiens. Ça n’a pas du tout fonctionné avec moi!

 

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Petites scènes capitales

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J’ai fini ce livre et une chose me vient en tête: avec la vie on ne sait pas. Dans Petites scènes capitales il est surtout question de grandes peines, de pertes et d’abandons.

Lili a onze mois lorsque sa mère quitte le domicile conjugal et les abandonne, elle et son père. Elle ne la reverra jamais car elle disparaît en pleine mer quelques années plus tard. Le père a détruit tous les souvenirs et refuse de parler d’elle. Il a même changé le prénom de la petite fille. Liliane dite Lili s’appelle en réalité Barbara. Mais ce prénom avait été choisi par la mère, alors il faut aussi l’effacer.

Puis un jour, le père refait sa vie avec une femme flanquée de quatre enfants, dont des jumelles de l’âge de Lili. Elle n’arrivera jamais à trouver sa place au milieu de cette grande famille recomposée et un père trop distant. Et puis d’autres drames vont venir, la mort de la grand-mère tant aimée, puis celle accidentelle d’une jumelle un beau dimanche ensoleillé.

Le petit monde de Sylvie Germain est celui des familles ordinaires où l’on règle ses comptes affectifs. Les choses n’arrivent jamais comme on croit. Ce roman ne peut pas laisser le lecteur indifférent! Elle nous raconte le quotidien qui lentement se délite face aux aléas de la vie.

C’est beau, sobre et juste. Ce que nous dit ce roman c’est que la vie n’est pas un chemin prédéfini. Les personnages traversent de grandes crises, ils font leur vie et voient s’éteindre leurs illusions.

Est-ce que Lili va surmonter les difficultés?

 

Au final Sylvie Germain nous raconte la vie, entre bonheurs et colères. Nous laissant parfois le cœur serré…

« Barbara, son prénom à la fois officiel et clandestin, assigné au silence. Sa mère, elle, se prénommait Fanny. Elle n’a jamais eu le temps de l’appeler maman, et elle n’a jamais eu l’occasion d’employer ce mot, réservé aux enfants de sa belle-mère.  Elle appelle Viviane mère, tandis que les filles et le fil de celle-ci disent père à Gabriel, qu’elle seule nomme papa. Dans cette famille, chacun est sensé se tenir à sa place et agir et parler en conséquence. »

 » Elles ont toutes quatorze ans, Christine, Chantal et Lili. Mais l’une n’ira pas au-delà de cette limite, les deux autres si, et cela n’a aucun sens. Il n’y aura pas de chiffre quinze à fêter à trois, donc pas d’anniversaire du tout…. « 

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Dans les forêts de Sibérie

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Oh mon Dieu! c’est ballot je ne sais pas quoi dire. Ou plutôt je ne sais pas comment le dire!

J’ai à la fois aimé et détesté ce livre. J’ai sauté des passages très barbants et cependant  j’étais triste à la dernière page, de quitter la compagnie de Sylvain Tesson (pourtant qu’est ce qu’il est pénible!!)

Un jour Sylvain Tesson a dit: Stop! Je ne joue plus! J’arrête! Il a voulu changer de vie, faire une pause, rompre avec le quotidien. Il est parti six mois se réfugier dans une cabane perdue dans la taïga.

Jour après jour, il a noté ses impressions, ses routines qu’il partage avec nous dans ces 290 pages.

J’ai beaucoup aimé la première moitié du livre. C’est vivant, frais (tu m’étonnes il fait entre moins quarante et moins trente!!) on découvre en même temps que lui la vie en presque totale autarcie au fin fond de la Sibérie (bon comme il a fait de très grosses réserves de nourritures, il ne court pas après son steak de rennes dans la neige. De toute façon il n’a pas pris d’armes à feu. Il se nourrit surtout des poissons qu’il pêche dans un trou de glace).

Il essaie d’expliquer les raisons de cette retraite. Il a des réflexions très intéressantes qui nous poussent à nous questionner nous aussi sur notre propre vie. J’ai aimé ses descriptions de la nature. Il savoure « les petits riens » qui font les grands bonheurs. C’est un livre de sagesse pour apprendre à respirer, à souffler, observer la nature. La pause, c’est d’abord un état d’esprit, une manière de regarder le monde. Avec les journées qui s’étirent, lui le parisien branché a gardé la capacité d’émerveillement. Il m’a donné envie de lire les livres qu’il a emportés avec lui.

Puis au fil du temps qui passe, la lecture devient ennuyante, il devient redondant, il tourne en rond dans sa cabane et picole sec!  il  s’enivre seul ou avec ses visiteurs russes. Finalement il est loin d’être un ermite avec les visites presque hebdomadaires de ses voisins. Des gardes forestiers habitent aussi au milieu de la taïga pour lutter contre le braconnage. (Eux même sont plus ou moins braconniers…)

Parfois il est franchement agaçant avec sa vision un peu moralisante sur la croissance, la société de consommation. Il se croit investi d’une mission, sauver le monde de la crise. Mais tout le monde n’a pas la possibilité de se retirer de la société pour vivre uniquement des produits de la nature, de la pêche et de la cueillette.

Son écriture est très exigeante, et son vocabulaire recherché. Plus d’une fois j’ai dû chercher des mots dans le dictionnaire (érémitisme, les anastomoses,  sa satrapie,  l’hiver benthique...)

Lisez le, vous aurez vous aussi l’envie de faire un truc fou. Moi je suis partie 2 h dans ma cabane (l’abri au fond du jardin) planter des semis pour préparer l’arrivée du printemps. Entre ma réalité intérieure et ma réalité extérieure je vis un chaos total.

p108: « Dans le monde que j’ai quitté, la présence des autres exerce un contrôle sur les actes. Elle maintient dans la discipline. En ville sans le regard de nos voisins, nous nous comporterions moins élégamment…

L’ennui ne me fait aucune peur. Il y a morsure plus douloureuse: le chagrin de ne pas partager avec un être aimé la beauté des moments vécus. La solitude: ce que les autres perdent à n’être pas auprès de celui qui l’éprouve. »

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Les lieux sombres

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J’ai lu ce roman de Gillian Flynn . À la fin de la première page, j’étais captivée, enlevée par cette écriture.

C’est l’histoire de Libby Day qui à l’age de sept ans voit sa mère et ses sœurs se faire tuer. C’est l’histoire de Ben Day, le grand frère qui depuis vingt quatre ans croupit en prison accusé du meurtre de sa famille.

D’abord, une construction bien ficelée qui alterne différents points de vue : celui d’un narrateur extérieur qui raconte heure par heure ce terrible 2 janvier 1985. Celui de Libby devenue une jeune femme traumatisée par son passé et qui enfin veut savoir, si son frère est le vrai coupable.

Et si c’était quelqu’un d’autre qui avait décimé sa famille. Peut-être le père, un gros raté de son état, rongé par l’alcool, il a gâché sa vie, celle de sa femme et de ses quatre enfants et ruiné la famille.

Ce thriller est bien plus qu’un thriller!

Tout semble évident, mais ça ne l’est pas. Le titre Les lieux sombres raconte un peu de l’histoire.

C’est la ferme où la mère et ses enfants survivent difficilement, c’est le lycée où Ben, paria social subit l’humiliation d’être pauvre . C’est aussi la psychologie de tous ces personnages, des écorchés vifs, broyés par le système.

Et c’est une peinture sombre de l’Amérique. Avec d’un côté la jeunesse perdue et sa cruelle bêtise et de l’autre l’ultralibéralisme et les difficultés de la vie.

Je l’ai lu avidement en quelques heures  au détriment de faire un grand nombre d’autres choses. Impossible de le lâcher, l’histoire va dans un crescendo déchirant. L’auteur m’a emmenée à l’intérieur des cœurs de ses personnages. (j’avais envie de leur dire « vous arrêtez vos conneries!!! ») 

J’avais beaucoup aimé Les Apparences, mais Les Lieux sombres le surpasse.

En fait je n’ai qu’une seule chose à dire: c’est une histoire incroyable, point final!

 

p46:  » En vérité, cependant, je n’étais pas fière de ma famille. Personne n’avait jamais aimé les Day. Mon père, Runner Day, était dingue, alcoolique et violent, sans flamboyance, un petit homme aux poings sournois. Ma mère avait eu quatre enfants dont elle ne parvenait pas à s’occuper correctement. Des gosses pauvres d’une ferme en faillite, puants et manimpulateurs, se présentant toujours à l’école dans le besoin: petit déjeuner sauté, chemises déchirées, morveux et enroués. Mes deux soeurs et moi avions été à l’origine d’au moins trois invasions de poux au cours de notre bref séjour à l’école primaire. Saletés de Day. »

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LE MARCHAND DE SABLE

 

 

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J’ai lu ce roman depuis plusieurs mois et je me souviens surtout d’une grande déception. C’est dommage car il a tout pour être un formidable thriller. Des chapitres courts, une écriture nerveuse et une histoire prenante.

D’un côté on a un jeune homme qui refait surface après avoir disparu depuis plus de treize ans avec sa petite sœur. Tout le monde les croyait morts, victimes d’un tueur en série. Si Mickael est vivant alors sa sœur est peut-être aussi vivante enfermée dans un trou sordide. Le temps presse, il faut la retrouver et pour cela faire parler le tueur.

De l’autre on a le tueur en série, Jurek Walter enfermé depuis plus de dix ans dans une unité psychiatrique haute sécurité . Il a été arrêté dans des circonstances horribles. Dès les premières pages je suis entraînée dans un tourbillon infernal de suspens et d’angoisse qui me glaaaaace le sang.

 » Il a été pris en flagrant délit alors qu’il forçait une femme d’une cinquantaine d’années à retourner dans un cercueil enterré. Elle avait été maintenue en vie enfermée dans le cercueil pendant près de deux ans. Les blessures de cette malheureuse étaient effroyables. »

Les écrivains (ils sont deux la femme et le mari) jouent avec nos nerfs, mis à rude épreuve. A la page 19 j’ai les cheveux hérissés sur la tête et le besoin de vérifier si ma porte d’entrée est bien fermée à double tour!!3111327250

Un jeune médecin doit rentrer dans la cellule de Jurek Walter. Ce dernier a réussi à fabriquer un couteau et le cache sous son matelas. Le problème c’est qu’il est extrêmement dangereux ( je pense au silence des agneaux et à l’affreux Hannibal Lecter). Walter, ce psychopathe est capable d’hypnotiser les personnes qui rentrent dans sa cellule et de leur faire commettre les pires horreurs: « Jurek Walter va vous parler très calmement, sans doute sur un ton aimable. Mais plus tard, ce soir, en rentrant chez vous en voiture, vous dévierez sur la voie opposée et irez vous encastrer dans un poids lourd….ou alors vous ferez un saut à la quincaillerie Jarnia pour vous acheter une hache avant d’aller chercher vos enfants à la garderie. » 

Je suis embarquée dans cette histoire noire et j’ai très peur pour le médecin qui est entré dans la cellule. Le psychopathe est endormi, drogué par un somnifère puissant, mais le jeune psychiatre est coincé sous le lit « Sa blouse s’est accrochée et il n’arrive pas à l’enlever » . Le dingue se réveille doucement  » Jurek Walter est en train de s’asseoir lentement… »

 

A la page 22; j’ai envie de dire aux auteurs (et je le dis) what the fuck????2950807625

Putain ! Qu’est-ce que vous racontez ?    Qu’est-ce qu’il fout là, lui ?     Merde, alors ! Il a vraiment fait ça ?   C’est quoi ce bordel ?! C’est du n’importe quoi!!! 

Je trouve la suite tellement improbable (je ne raconte pas pour préserver ce rebondissement énervant, à vous de le découvrir) qu’elle a fait retomber ma peur comme un soufflé. Quelle déception!!!! Je finis quand même ma lecture mais la mayonnaise ne prend plus. A chaque fois qu’il se passe quelque chose, que la lecture devient palpitante, douloureuse, il y a des embardées tirées par les cheveux.

Trop d’incohérences pour un thriller!!

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Le voisin

 

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Pour le mois du Polar chez Sharon, j’ai ressorti un ancien billet de mon autre blog. Que cette lecture m’avait énervée!!!

 

mon avis: AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH!!!!!!!!!!!!

c’est le cri de mon énervement en refermant ce livre.,179240400 

Il y a Colombe dite Coco (déjà je suis agacée, quand on a un prénom aussi original on ne se fait pas appeler Coco! Coco quoi? Coco le perroquet qui répète tout ce que les autres disent ou pensent).

Elle est mariée à un imbécile qui n’est jamais là. Monsieur a beaucoup de travail, et s’absente plusieurs jours, semaines. En réalité il passe beaucoup de temps avec ses maîtresses.

Il y a les jumeaux, deux adolescents; mais ils sont juste là pour le décor. Elle travaille à mi-temps pour une maison d’édition. Elle prête sa plume à des hommes politiques, à des comédiens, à des personnes qui veulent écrire mais qui ne savent pas. Elle est « nègre littéraire ». Elle travaille « dans l’ombre » car elle n’aime pas se faire remarquer, être au premier plan.

C’est une femme timide, effacée; malgré sa grande taille, un mètre quatre-vingt, elle apparaît comme quelqu’un de très fragile.

Toute la famille déménage dans un nouveau appartement. Il est magnifique, calme, ensoleillé, le rêve.

Une nuit à trois heures du matin, alors qu’elle est seule, elle est réveillée par un bruit indéterminé et elle a du mal à se rendormir.

Les nuits suivantes le bruit est assourdissant. C’est la musique des rolling stones, Mick Jagger hurle

I CAN’T GET NO SATISFACTION

I CAN’T GET NO SATISFACTION

AND I TRY AND I TRY AND I TRY AND I TRY………

Toutes les nuits à partir de trois heures il y a Mick Jagger, seules les chansons varient.

 » Colombe sursaute, ouvre les yeux. Une guitare électrique rugit dans le silence de la nuit. 3:16.

 ça recommence? Cette fois elle n’a pas besoin d’allumer la lumière,ça vient d’en haut….Les basses font vibrer les murs avec la puissance d’une grosse Bertha. Colombe les perçoit dans les ressorts de son sommier, jusqu’à la moelle épinière. »

Et ça dure des nuits et des pages!!

Le charmant voisin c’est le Docteur Léonard Faucleroy, apprécié par tout le monde. En tant que médecin sa réputation est excellente.

A ce moment de l’histoire, cela devient totalement incohérent et peu crédible. Le type part de chez lui tous les jours à six heures du matin, parfois il enchaîne les gardes et toutes les nuits il s’amuse à faire du bruit pour gêner sa voisine, l’empêcher de dormir.

Bien évidemment notre  » petite chose toute fragile » est sur les rotules, complètement épuisée. Elle n’est plus que l’ombre d’elle même. Elle n’arrive plus à travailler, à s’occuper de ses enfants.

Mais vous l’aurez compris, le gars lui n’a pas de problème, il est « frais comme un gardon ». …

Colombe essaie de raconter ça à son mari, à sa sœur, mais personne ne la croit.

A la moitié du roman j’ai envie d’arrêter ma lecture, mais je me dis qu’il va se passer quelque chose de terrible, d’intéressant. La suite est tellement abracadabrante que je vous en fais grâce!

Pour corser l’histoire, il y a quelques épisodes qui se veulent érotiques mais c’est d’une platitude désolante. 3701882399

Je n’ai qu’un mot pour résumer Le Voisin de Tatiana de Rosnay , affligeant.

Ma seule consolation, heureusement je l’ai emprunté à la bibliothèque.

 

 

En finir avec Eddy Bellegueule

 

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Le roman En finir avec Eddy Bellegeule a été la révélation littéraire de l’année 2014. Non mais on est sérieux là???

Dans ce récit autobiographique Edouard louis raconte ses années d’enfance et d’adolescence au fin fond de la Picardie. Il grandit dans une famille pauvre, le père alcoolique, ne peut plus travailler depuis qu’il s’est bousillé le dos à l’usine. La mère avec un travail ingrat, « laver le cul des vieux, des vieux en train de mourir » gagne péniblement l’argent du foyer. Nous sommes dans le Germinal des temps modernes. Bienvenue chez les prolos!!! Tous des dégénérés??

Eddy Bellegueule a la double peine, il est homosexuel et il a l’envie de s’en sortir. Il veut faire des études pour ne pas travailler à l’usine comme son père, son frère, ses cousins, ses voisins…. Il est différent, et dans ce milieu social la différence est très mal perçue. Pendant de longues années il va subir les moqueries des autres enfants, mais aussi des membres de sa famille; « Tu peux pas arrêter avec tes grands gestes de folle..pédé, enculé… Bouffe les mollards pédale… »  Il sera quotidiennement humilié, frappé.

Dans un langage cru, l’auteur décrit la vie des laissés pour compte. Dans cette bourgade où le chômage sévit, les gens sont tous alcooliques dès le plus jeune âge, racistes, homophobes, machistes, incultes, vulgaires. C’est le règne de la violence.

Je n’ai pas aimé ce roman pour plusieurs raisons.

Dès les premières pages j’ai eu une sensation de déjà vu, déjà lu. Annie Ernaux dans ses romans La Place, La Honte raconte aussi, mais avec beaucoup plus de talent  la France d’en bas. Ce n’est donc pas quelque chose de nouveau comme je l’ai lu un peu partout.

En littérature tout est permis, mais à partir du moment où il met en scène des gens qui existent vraiment, sa famille, ses amis, ses voisins on peut se demander quelle est la part de vérité dans son récit?

J’ai la sensation d’une démarche malhonnête, il utilise le langage des siens pour créer une oeuvre littéraire. Je trouve qu’il y a double trahison.Quelque part il vole leurs mots pour mieux les accuser, les mettre au pilori!!! Ces gens qu’il décrit n’ont pas de droit de réponse.

J’ai aussi l’impression qu’il travesti la réalité pour la rendre encore plus glauque. Manque t-il de distance, de détachement? Par exemple lorsqu’il raconte la fausse couche de sa mère, il n’utilise jamais le mot de fausse couche et laisse croire aux lecteurs que sa mère a accouché dans les toilettes. « Avant de me mettre au monde elle avait perdu un enfant. Elle ne s’y attendait pas, elle avait perdu l’enfant dans les toilettes, c’est arrivé comme ça, sans prévenir.. » Il nous manipule, en nous donnant à lire que sa version tronquée des faits.  » Je pensais que j’étais constipée, ça me faisait mal au ventre comme quand je suis constipée. J’ai couru jusque dans les chiottes, et c’est là que j’ai entendu le bruit, le plouf. Quand j’ai regardé, j’ai vu le gosse, alors je savais pas quoi faire, j’ai eu peur, et, comme une conne, j’ai tiré la chasse d’eau, je ne savais pas quoi faire moi. Le gosse il voulait pas partir donc j’ai pris la brosse à chiotte pour le faire dégager en même temps que je tirais la chasse d’eau. » Cette description est insoutenable, car nous les lecteurs, nous voyons un bébé qu’une mère essaie de faire disparaître dans la cuvette des WC. Alors que cette femme a expulsé un embryon minuscule et non viable. Mais elle n’a pas les mots corrects pour raconter cette chose atroce qu’elle a vécue.

Je me suis ennuyée dans cette lecture, car dans ces 203 pages il y a beaucoup de redits, et finalement aucune surprise, je sais en tournant la page ce qui va se passer.

Je n’ai pas eu d’empathie pour ce personnage, car je trouve qu’il est une enveloppe vide. Je ne comprends pas la démarche de l’auteur Edouard Louis. A-t-il voulu se venger de ces années noires, a-t-il voulu faire « une étude sociologique »  et mettre en avant la misère économique, affective, intellectuelle, sexuelle de cette catégorie sociale.

Je trouve aussi insupportable, le fait d’être spectateur de ces vies, et de ressentir quelque part un mépris pour ces gens. Il nous met dans la peau de juges, sans nous donner  tous les éléments nécessaires pour comprendre. Ils sont tous coupables. La messe est dite, fermons le livre! Heureusement nous n’appartenons pas à ce milieu.

 

Finalement il peut être heureux car il connaît la gloire grâce à ces gens qui l’ont fait souffrir et qu’à son tour il détruit. Chapeau l’artiste!

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